info: française

Faceless

long métrage de science-fiction
réalisatrice Manu LUKSCH  

Faceless est un film produit exclusivement avec des images capturées par les caméras de vidéo- surveillance, selon les règles du Manifesto for CCTV Filmmakers. Cette charte imaginée par Manu Luksch s’adresse à des cinéastes d’un nouveau genre qui ne tournent pas avec leur propre caméra mais utilisent les enregistrements des caméras de surveillance omniprésentes. Le manifeste s’appuie sur une loi britannique sur la protection des données qui permet aux personnes filmées de réclamer une copie de ces enregistrements.
 
Faceless se déroule dans une société sans passé, ni futur, où les humains sont dépourvus de visage. Une femme est prise de panique un matin lorsqu’elle retrouve son visage.

 

 

 Un numéro dans la foule. Marie Lechner. Libération. 09/2007

Sous-titre du film

Des images de la peur pour vaincre la peur. Robert Buchschwenter 2008

La peur anéantit le présent. Elle se nourrit d’un passé qui, sans crier gare, submerge le présent et prend possession de l’avenir. Conjurer cette peur en abolissant passé et avenir, telle est la promesse de l’État de surveillance. Une promesse qui tend à légitimer l’observation permanente de l’espace public et transforme le rêve d’une existence sans problème dans un immédiat étanche en cauchemar devenu réalité. Manu Luksch nous conte ce cauchemar en utilisant le vocabulaire des films de science-fiction – et le matériau visuel qu’elle a réussi à acquérir auprès des contrôleurs du système londonien de vidéo-surveillance, en vertu de la loi britannique sur la protection des données. Dans un enchaînement fantastico-poétique, elle transforme des vues de la ville, d’une familiarité troublante, en théâtre d’un scénario fatidique: une femme est brutalement projetée hors du “monde du temps réel” qui était soumis au contrôle absolu d’un système anonyme. Anciennement sans visage ni vécu, comme les personnes rendues non identifiables sur les enregistrements fournis par les opérateurs vidéo (conformément à la loi sur la protection de la vie privée), la protagoniste de Faceless, retrouvant soudain son visage, se trouve rejetée hors de son existence de donnée et plongée dans une histoire qu’on pensait oubliée. Quand la prise de conscience traumatique aboutit au renversement en son contraire de l’acte libérateur voué à l’échec, Facelessfait, par le biais d’images aussi évocatrices qu’angoissantes, le métarécit bouleversant d’une société dont l’identité est en passe de disparaître dans l’image déformée de son hyper-présence médiatique.

Traduction: Françoise Guiguet 

 

Liens:

  La surveillance en question. télé ou vidéo, une importante analyse du rapport anglais
 20 juin 2008, par souriez.info

Loi n°95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité

V. - Toute personne intéressée peut s'adresser au responsable d'un système de vidéosurveillance afin d'obtenir un accès aux enregistrements qui la concernent ou d'en vérifier la destruction dans le délai prévu. Cet accès est de droit. Un refus d'accès peut toutefois être opposé pour un motif tenant à la sûreté de l'Etat, à la défense, à la sécurité publique, au déroulement de procédures engagées devant les juridictions ou d'opérations préliminaires à de telles procédures, ou au droit des tiers.